Deux poèmes de rupture / Brüche

Antoine Malette et Julia Charlotte Kersting

Antoine Malette
Julia Charlotte Kersting

Julia Charlotte Kersting est traductrice littéraire et candidate au PhD (IRTG Diversité, Université de la Sarre, Allemagne). Son projet de thèse porte sur la littérature québécoise en traduction. Elle a obtenu un master en littérature comparée (Université de Vienne) ainsi qu’un master en traduction littéraire (Université de Munich) et a participé au Programme Georges-Arthur Goldschmidt en 2016.

Antoine Malette travaille en bibliothèque et est poète à temps très partiel. Il écrit en français, anglais et allemand. Il est détenteur d’un baccalauréat en études allemandes et en littérature comparée (Université de Montréal) ainsi que d’une maîtrise en études irlandaises (Université Concordia). Ses travaux concernent la résonance de James Joyce dans l’œuvre de Hubert Aquin, Jacques Ferron et Victor-Lévy Beaulieu.


Poèmes initialement publiés en français dans Antoine Malette, « Deux poèmes de rupture », L’Organe, Automne 2017, p. 18-19.

ma trop-peu-trop-tard

si je t’ai mal lue, ma trop-peu-trop-tard,
je me suis aussi mal écrit.

je ne demandais qu’à tourner la page,
mais nous avons fermé le volume.

et ce soir, en me versant ma sixième bière,
à force de confessions posthumes,

je me sens un peu
comme un ivre ouvert.

Meine Zu-wenig-zu-spät

Falls ich dich verlesen habe, meine Zu-wenig-zu-spät,
habe ich auch mich verschrieben.

Ich wollte nur das Kapitel beenden,
doch wir haben den Band zugeklappt.

Und heute Abend, während ich mir mein sechstes Bier einschenke,
fühle ich mich,

vor lauter posthumer Geständnisse,
ein wenig wie ein (bes-)offenes Buch.

peu de temps avant l’effondrement

peu de temps avant l’effondrement,
tu venais chez moi prendre ta douche,

la tienne étant en décombres.
m’est souvenir de ta nudité luisante

au sortir de l’averse verticale.
tes cheveux, ceux-là même que j’aimais tant

à sentir, avaient bouché le bain et ses tuyaux d’aplomb.
après m’avoir donné congé forcé de ta personne,

quand dans de trop longues lavades,
j’ai eu les yeux ourlés d’eau,
je n’ai pas eu le choix de le débloquer.

le drano, comme la rupture,
a fait disparaître ces boucles

d’un malgré toi de cheveux
desquels j’aurais pourtant aimé

me noyer.

Kurz vor dem Bruch

Kurz vor dem Bruch,
kamst du zu mir zum Duschen,

weil deine in Trümmern lag.
Ich erinnere mich deiner leuchtenden Nacktheit,

beim Verlassen des vertikalen Strömens.
Deine Haare, jene, die zu berühren,

ich so liebte, hatten zielsicher die Wanne und ihre Rohre verstopft.
Nachdem du mich gezwungenermaßen verlassen hattest,

wie nach zu langem Sinken
meine Augen von Wasser umflochten waren,
blieb mir nichts, als sie zu entstopfen.

Rorax, wie die Trennung,
ließ diese Locken verschwinden.

Ihrer verlustig,
in denen ich mich doch wollte

ertränken.


Pour citer cette page

Antoine Malette et Julia Charlotte Kersting, « Deux poèmes de rupture / Brüche », MuseMedusa, no 8, 2020, <https://archives.musemedusa.com:443/dossier_8/malette-kersting/> (Page consultée le 03 December 2022).


Page précédente
Failed Love

Page suivante
Quand je serai mort