Carnet de l’ombre

Diane Régimbald

Diane Régimbald a publié plusieurs recueils de poésie aux Éditions du Noroît, dont Pas (2009), L’insensée rayonne (2012) en coédition avec l’Arbre à Paroles, finaliste du Prix de poésie du Gouverneur général du Canada, Sur le rêve noir (2016). Un petit livre, de mère encore, vient de paraître aux éditions du Petit Flou en France. Elle a collaboré à plusieurs revues, anthologies et collectifs, et participé à des événements littéraires et lectures publiques au Québec et dans divers pays. Certains de ses textes sont traduits en anglais, en catalan et en espagnol. Elle est responsable du Comité Femmes du Centre québécois du P.E.N. international.


dans l’énoncé
à l’horizontal
les énigmes s’énonceraient
n’était-ce la confusion
et cette absence

— Anne-Marie Albiach, État

Au-dessus de la tombe,
on fait un geste.

— Sarah Kéryna, rappel

elle chante mais
elle étend le silence

— Antonio Gamoneda, Passion du regard

ai-je été pythie d’elle disparue ?
elle me considérait comme une autre
je lui offrais silence et compositions

le désir tremble
elle jette son image sur le mur de ma chambre
ombre incrustée dans les pores du plâtre et de la pierre
elle me jette ne veut pas entendre mon désir
que dire de ce qui la retient en moi

***

j’enfante mère morte
ne peux qu’être d’une autre quête

le feu brûle son regard vert eau la fait résonner
jusqu’à perdre ma connaissance

fracas de son effacement
la fatigue de son absence
projette – ses ailes
papillon – sa tache aveugle

***

lancée dans l’obscur du temps –
ombre de ses seins de ses hanches – toujours
prête à disparaître
elle s’efface du radar
on voit le vide – constate la défaillance
au lieu de l’ébauche –
sur les rideaux qui bougent au vent

tombe jusqu’à rompre la lumière creuse
image encombrée de levure

***

fuir le seuil le reste l’absolue
crainte de défaillir
fuir encore sa disparition
abandonner l’ultime secret
à sa douleur latente
fuir le mal être
la composition noire – forme mêlée à ses contours
aux vœux pieux – d’une reconnaissance impie

***

tracer le feu d’elle jusqu’à nommer son indicible cri
de sang de la faim de disparaître
que ne pourra mettre à naître sans lumière
exposer sa tache ses courbes me glisser
au plus interdit des désirs
ne pas dire les mots des croquis
que j’ai faits d’elle enfant – elle ne sait rien
ne sait que sa trace de vivante –
respiration assoupie au retrait de toute création
qu’a-t-elle bien pu composer autrement ?
n’a-t-elle que reproduit l’autre à venir ?
je l’appelle encore l’attire dans mes cordes non
celles rompues mais les autres celles de l’appelée
de la renaissante – elle n’a rien pu voir
de l’impossible heurt – de son innommable nom

***

fuir l’image de son absence
charbon de chair le désir noir dessine
dans l’aveuglante lumière
ombre au miroir – le mur effaré –
esquisse encrée dans les pores de matière
longtemps dessin depuis l’enfance
sans rayon

feu d’ombre – tête à l’abri des traits
qu’une tache au refuge qu’un geste
au cœur d’arrivée – elle n’y est pas
juste l’apparence des cendres
creuse les couches d’attentes
ne fait que disparaître / réapparaître
comme traces creusent le chagrin
la nuit poursuit l’oracle


Pour citer cette page

Diane Régimbald, « Carnet de l’ombre »,  MuseMedusa, no 6, 2018, <https://archives.musemedusa.com:443/dossier_6/regimbald/> (Page consultée le 07 December 2022).


Page précédente
Corps calque

Page suivante
Q & A